Les braises incandescentes du lycée d’État de Wallis-et-Futuna

samedi 13 avril 2013
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Intimidation.

Le mercredi 27 mars, les élèves comme les enseignants découvrent avec surprise une affiche, signée par le président de l’association de parents d’élèves (APEL de Wallis), leur apprenant que l’établissement serait fermé à partir du lendemain « jusqu’à nouvel ordre ».
Dans la soirée, le proviseur adjoint et son épouse sont fermement invités par les personnels ATOS et de vie scolaire à quitter leur logement de fonction, les prévenant même qu’ils reviendraient pour vérifier qu’ils ont bien quitté les lieux.

Le lendemain matin, jeudi 28, le lycée est bloqué. Ce blocage intervient cinq jours après les élections au CA, qui ont mis à la tête des représentants des parents d’élèves une personne qui s’était déjà particulièrement montrée agressive, voire insultante, à l’égard des professeurs en général, et du représentant SNES en particulier, en CA l’an passé, où il siégeait en qualité de chef de village.

Dès le début du blocage du lycée, seule la rumeur fait courir le nom de trois personnes : le proviseur adjoint, le représentant SNES et celui de Pluriel, syndicat local. Le président de l’APEL demande, aux informations de 19h30 de jeudi 28, « le retrait de certains enseignants » mais sans les citer.

Mesures conservatoires du VR pour les protéger.

Depuis le mercredi 27 mars, ni notre proviseur ni ceux qui demandent notre expulsion ne nous ont jamais demandé de nous expliquer ni ne nous ont signifié personnellement leurs griefs. Nous ne les avons jamais rencontrés.
Les trois personnes accusées se sentent si peu en sécurité qu’elles ont exercé leur droit de retrait, le vendredi 29, auprès du vice-recteur, qui en réponse a prononcé une mesure conservatoire de deux semaines à compter de la rentrée des vacances de Pâques (donc du 8 au 22 avril).

Un collègue giflé par le président de l’association des parents d’élèves.

À la rentrée des vacances de Pâques, lundi 8 avril, à 7h00, un collègue, nouvel élu FSU-SNES des personnels enseignants, est menacé verbalement par le surveillant général. Là non plus, le proviseur, témoin de la scène, ne réagit pas. Dans l’après-midi, le président de l’association de parents d’élèves assène une violente gifle à ce même collègue au prétexte qu’il « fout le bordel au lycée ».

À la réunion plénière « de restitution de la situation », à 16h15, lorsque le collègue intervient pour faire part de ce qui lui est arrivé deux heures plus tôt (personne n’est encore au courant), le proviseur cherche à atténuer la gravité du geste en établissant un lien de causalité avec les événements du matin et laisse entendre que le collègue n’est pas tout à fait sans responsabilité dans ce qui lui est arrivé. En outre, au cours de cette réunion, des enseignants sont insultés ou violemment pris à parti par des personnels ATOS et de vie scolaire, encore une fois sans aucune réaction du proviseur, qui ne maîtrise d’ailleurs plus la situation.

Pour tous, victimes et agresseurs, ces silences répétés du proviseur sont compris comme un accord tacite, voire un encouragement ; ils instaurent un climat d’insécurité pour les uns, d’impunité pour les autres.

Excuses du Premier Ministre.

Le mardi 9 au matin, à la suite des violences physiques et verbales de la veille à l’encontre des enseignants, 45 collègues (sur 68 à plein temps) font valoir leur droit de retrait et rencontrent le vice-recteur et le Kivalu (Premier ministre du roi). Celui-ci présente alors ses excuses au collègue giflé au nom de tous les Wallisiens et Futuniens en lui serrant la main et termine son intervention par des propos rassurants.
Le vice-recteur nous apprend qu’il proposera au proviseur un CA élargi (avec représentants des personnels, chefferie, parents, évêque, élus, etc.) en lieu et place du CA initial prévu le soir. Plusieurs enseignants se montrent pessimistes sur l’issue du CA élargi. Le vice-recteur répond qu’il a bon espoir que la situation revienne à la normale et qu’il accorde beaucoup d’importance à ce CA élargi. Il rappelle qu’avec la signature des deux tiers des enseignants du lycée, « nous n’avons pas trois empêcheurs de tourner en rond mais que nous avons un saut qualitatif ».

Nouvelle mise en cause des représentants syndicaux ainsi que du Vice-Recteur.

Au CA élargi du mardi soir, 6 collègues représentent les enseignants, devant quelque 70 parents, une bonne partie de la Grande Chefferie (Kivalu, etc.), représentants ATOS, proviseur. Le vice-recteur, aussi présent, est vivement pris à parti par de nombreux intervenants qui lui reprochent de ne pas faire son travail, car c’est lui « le chef ». Une grande partie de l’assemblée (hors collègues) insiste pour demander notre exclusion définitive du lycée. Nous serions tous les trois, d’une manière ou d’une autre, « opposés au chef, ce qui ne se fait pas à Wallis ». Tous disent qu’à Wallis la coutume impose de ne pas contester les décisions du chef mais personne ne songe à leur faire remarquer la contradiction flagrante entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font en invectivant violemment le vice-recteur et le mettant en cause comme le montrent des images du journal télévisé du soir de mercredi 10. Tous les témoignages des collègues font état d’une tension extrême lors de ce CA élargi.

Suite à l’action syndicale, le Préfet prend des mesures de sécurisation des personnels.

Le mercredi 10, à 15h00, lors de l’AG prévue pour tenir informer l’ensemble des collègues du territoire de ces événements, on perçoit un malaise sensible chez les enseignants du lycée. À l’issue de cette AG, nous décidons de nous rendre à la préfecture pour que le préfet reçoive une délégation. Le préfet étant absent, le chef de cabinet nous reçoit et rappelle que la sécurité des personnes est la priorité de la préfecture et que la gendarmerie sera mise au courant des inquiétudes des personnels (des gendarmes seront en effet au lycée à la reprise des cours jeudi 11 au matin).
Le vice-recteur, qui s’est joint à la réunion, nous apprend que des dossiers sont en cours de constitution sur les faits reprochés aux trois personnels sous mesure conservatoire. Si les accusations s’avéraient infondées, les personnels seront réintégrés. Le jugement de la personne qui a giflé notre collègue se tiendra le 26 avril. De même, le proviseur adjoint vient de déposer une plainte contre les personnels qui l’ont expulsé de son logement de fonction. Et surtout, début mai, une mission d’inspection générale (administrative et vie scolaire) viendra faire une expertise du lycée (la saisine est à la signature du ministre).

Absence de soutien du Proviseur.

Devant les menaces, les violences, les injures, les diffamations dont des enseignants ont fait l’objet ces derniers mois, le proviseur du lycée d’État de Wallis-et-Futuna n’a jamais pris les dispositions qui s’imposent « assurer la sécurité des personnes ». En outre, au lieu de tenir son rôle impartial de représentant de l’État, le Proviseur a systématiquement pris position en défaveur des enseignants, a su utiliser le statut coutumier intangible du chef et instrumentaliser les ressentiments de certaines personnes pour se constituer un réseau d’affidés et pour faire pression sur les représentants syndicaux qui défendent vigoureusement en CA l’application des textes réglementaires.

Tous les collègues ont repris les cours jeudi matin à 7h15 mais rien n’est résolu, le feu couve encore au lycée d’État de Wallis-et-Futuna.